Préhistoire

Vous avez dit "jeux vidéo" ?

 

Par Morgoth
nicogil@club-internet.fr

 

 

Les jeux vidéo sont devenus une industrie pesant très lourd aujourd'hui puisqu'on la compare de plus en plus à l'industrie du cinéma. Mais ce que bon nombre de personnes ne savent pas, c'est d'où ce nouveau genre de loisir vient. Beaucoup de gens pensent que c'est Nolan Bushnell (le fameux créateur d'Atari !) le créateur des jeux vidéo ; eh bien ces gens-là ont tout faux ! Les jeux vidéo remontent bien avant 1972, date de sortie du désormais légendaire Pong.

Tout commence en 1958, un ingénieur nommé William Higinbotham, créa le prototype d'un jeu qu'il avait simplement nommé "Tennis". Voilà le premier Pong ! Et attention, ce jeu fonctionnait non pas avec des transistors (bien qu'ils existaient déjà, ils ont été créés en 1947 par le Bell Labs), mais avec des tubes à vides ! Question de coût. On ne parle qu'assez rarement de cette personne, alors si maintenant on vous dit que ce sont Nolan Bushnell ou Ralf Baer qui ont inventé les jeux vidéo, surtout corrigez leur erreur ! Cette petite expérience n'a pas eu de suite, et ce n'est que quelques années plus tard qu'un étudiant du MIP (un établissement de technologie au Massachussetts), Steve Russel, créa un autre jeu, plus connu celui-ci, puisqu'il s'agit de Space War, qu'il programma sur un mainframe, le Digital PDP-1. On manipulait deux petits avions, Wedge et Needle, et chacun devait tirer sur l'autre, le tout dans un environnement en accord avec la physique. Un autre étudiant corrigea même le champ d'astéroïdes qui était en fond d'écran ! L'effet ne se fit pas attendre, les étudiants l'utilisaient beaucoup ! Mais c'est resté là, avec un jeu tournant sur une machine coûtant environ 120.000$, on peut le comprendre. Mais le petit fait étonnant, c'est que les employés de Digital Equipement s'en sont servi pour tester leur machines lorsqu'ils l'installaient chez un client, et en cadeau, ils donnaient le jeu ! En effet, Steve Rusell n'avait déposé aucun droit sur son jeu, qu'il ne croyait commercialisable (à juste titre, vu le prix des machines).

Quelques temps plus tard, en 1966, un projet d'envergure fut lancé : Sanders Associate, un cabinet de consultants spécialisé dans l'électronique, fut mandé par le Pentagone pour créer un logiciel informatique qui permettrait aux militaires d'améliorer leurs performances en simulant des batailles (stratégies de défense et d'attaque). Le projet était pour le moins ambitieux... En plus, ils voulaient une machine transportable (alors que les ordinateurs de l'époque prenaient environ une pièce), peu cher (vous avez vu le prix du PDP-1) et qui pourrait utiliser un écran de télévision. C'est à Ralf Bear qu'est revenu la casquette de chef de projet, avec sous son commandement environ 500 personnes ! Le projet, nom de code "TV-game", aboutit a un jeu de Hockey, qui ne convaincut pas vraiment le Pentagone. On décida néamoins de continuer, puis, après quelques années, la barrière technologique fit que le projet fut abandonné. Baer repris donc son idée pour en faire un jeu familial. C'est vraiment étonnant de savoir que si l'armée avait approuvé le projet, vous ne seriez probablement pas là en train de lire ce texte sur votre micro ! Parce que le projet était classé top secret, évidemment, guerre froide oblige... Le premier jeu qu'il fit était une simulation de pompier : il fallait éteindre des feux ; le joueur disposait d'une pédale sur laquelle il devait pomper pour éteindre le feu. Le jeu fut ensuite changé pour utiliser non plus une pompe mais des paddles permettant un plus large champ d'action, ce qui permit de rattraper et d'envoyer en l'air un point sur l'écran (une idée de Bill Rush, un ingénieur de Bear), puis Rush adapta le jeu pour que les manettes puissent être utilisées pour se renvoyer les points, on était tout simplement revenu au jeu de Tennis ! Son premier prototype fabriqué, Bear alla frapper à plusieurs portes et fit de nombreuses démonstrations afin de faire commercialiser sa console. Magnavox, un constructeur de télévision se montra intéressé. Après de grosses discutions bien épineuses, la console fut commecialisée par Magnavox en 1972 sous le nom de Odyssee. La machine utilisait des overlays - c'est-à-dire des écrans en plastique transparent que l'on plaçait sur la télévision pour faire les décors, le manque de puissance de la machine ne permettant pas de les afficher directement - et disposait optionellement de six cartouches qui permettaient de changer de jeu. On pouvait aussi acheter le pistolet et la cartouche incluant quatre jeux. La console fut principalement distribuée aux Etats-Unis (85.000 unités vendues en 1972), mais aussi en petite quantité dans d'autres pays comme l'Europe, ce qui la rend très recherchée par les collectionneurs. Les ventes de la machine ont eu beaucoup de mal à décoller parce que les gens croyaient qu'il fallait des télévisions made in Magnavox pour utilser l'Odyssee.

Et là on en arrive au plus connu : Nolan Bushnell. Il découvrit Space War lorsqu'il était étudiant, en 1962, et devint vite accro au point qu'il décida, en 1970, de lancer ce jeu en version arcade (ce domaine n'existait pas à cette époque). Son premier choix fut d'utiliser un ordinateur, mais il fut vite abandonné à cause du prix. Il créa finalement une machine qui ne pouvait que faire tourner un jeu du style SpaceWar qu'il nomma Computer Space, les bornes d'arcade étaient nées ! Il vendit son projet à Nutting Associates, et fut engagé pour superviser le projet. Vers la fin de 1971, les premiers prototypes furent lancés, mais le jeu fut un échec puisque seulement entre 500 et 1500 machines furent vendues. Bushnell quitta Nutting, et créa sa propre société, qu'il nomma "Syzygy", puis la renomma "Atari" puisque le nom était déjà pris. Avec son partenaire dans ce projet, Ted Dabney, Bushnell travailla sur Pong, un jeu où le but était simple : se renvoyer la balle et éviter de la perdre (quoi, vous ne connaissez pas ;-). L'idée n'était pas nouvelle, Bushnell l'a reconnu (un peu forcé) puisqu'il figure sur les listes des invités lors d'une des représentations de l'Odyssee. Et ce n'est pas Bushnell qui a créé ce jeu, mais Al Alcorn. Le jeu fut placé dans un bar californien, l'Andy Capp's Tavern à Sunnyvale, pour voir un peu l'impact que pourrait avoir ce genre de produit. Quelques jours après arriva la légendaire petite anecdote : le patron du bar appelle Alcorn en lui disant que sa machine ne marche plus ! Après vérification, il s'est avéré que le monayeur contenait tellement d'argent que le jeu ne fonctionnait plus ! La machine fut donc commercialisée et rencontra un tel succès que des sociétés comme Ramtek ou Nutting sortirent des clones de Pong.

Mais là intervint le premier procès de l'histoire des jeux vidéo ; en effet, Magnavox intenta un procès à Atari pour avoir violé les brevets déposés par Bear. Atari fini par payer 700.000$ à Magnavox. C'est assez marrant de connaître le mode de fonctionnement d'Atari : par exemple, il existait des fonds spéciaux qui servaient aux personnes prises par les flics en possession de shit ou encore aux grossesses non voulues... D'autre part, au niveau des horaires, c'était au choix des employés, certains arrivaient le soir et repartaient le matin, d'autres faisaient le contraire, cetains restaient plusieurs jours (des emplacement pour dormir leur étaient réservés), enfin bref, c'était un peu l'anarchie... Il faut savoir aussi que les Pong étaient fabriqués à la main, pas à la chaîne ! Atari dut donc employer de nouveaux collaborateurs et en 1973, 8 à 10.000 untités furent créées. La console de salon Atari Pong sort alors en 1975. Mais la concurrence arrivait, vu le succès du jeu, ce n'était pas étonnant ! Bushnell, pour booster un peu ses employés en leur foutant la pression, créa Kee Games ; en fait cette société était en étroite collaboration avec Atari... Des clones de Pong, licenciés par Atari, comme la Sears Tele-game sortirent. Mais d'autres non licenciés, comme la Telstar Coleco sortirent.

Puis, à partir de 1976, sortit une puce créé par Général Instrument, nommée AY-3-8500. Elle fut sortie sous plusieurs formes, contenant de quatre à dix jeux. Cette puce se basait sur la technologie de Magnavox et plus précisément de Ralf Bear, le prix de la puce incluait donc les royalties pour cette société. De nombreuses consoles de type Pong sortirent alors, il est quasiement impossible de savoir combien (environ plusieurs centaines, je ne me mouille pas ;-). De plus, de nouvelles consoles utilisant des cartouches sortirent, comme la Fairchild Channel F. Là, Atari se devait devait de réagir, et sortit de nouvelles bornes d'arcade comme Space Rack ou Grand Track, la première simulation de course de voitures avec un volant. Mais les autres réagissent et sortent les mêmes choses, souvent améliorées. Bushnell décide alors de lancer Breakout, un jeu de casse brique, mais le problème c'est que les techniciens affirment ne pas pouvoir créer le jeu en moins de quelques mois ! Un seul affirme pouvoir relever le défi en quelques jours : Steve Jobs (ça me dit quelque chose ce nom...). Le projet lui est donc confié et il se tourne vers son meilleur ami, Steve Wozniak pour la partie hardware. Le jeu dût être un peu retouché, par exemple, lorsque le joueur perdait la balle, on voyait à l'ecran l'inscription "merde alors !". Mais il faut qu'Atari frappe un grand coup, car si Bushnell s'avère être très bon dans de nombreux domaines, il ne l'est pas du tout en ce qui concerne les finances, qui tombent de plus en plus bas (ce qui va conduire au rachat d'Atari par la Warner en 1976)... Atari se lance alors dans la course des micro- ordinateurs et des consoles à cartouches, alors que Jobs et Wozniak font de même ; parallèlement, un petit binoclard du nom de bill gates se fait pistonner par papa pour financer ses illuminations... Mais ça c'est une autre histoire...

 

Morgoth

PS : j'ôte la vedette à Nolan Bushnell, mais attention !!! Je ne le compare en aucun cas à un Bilou !

 

Greetings :
The Real Pong de Sly DC : http://www.emuclassics.com/slydc/
Traduction française : http://perso.club-internet.fr/nicogil/
David Winter : http://www.pong-story.com/